GOOD MONKEY – Tome 3


(Chapitre 28 à 38)

TRIP 028 : LA PURGE (15)


La lumière du ballon rouge devint aveuglante.


« Alors résiste… si tu le peux. »


Une nouvelle onde écarlate se propagea, plus forte que
les précédentes.


Les habitants transformés accélérèrent.


Les ombres se mirent à rire.


Les murs se rapprochèrent, comme si la ville voulait les
écraser.


RLYEH hurla :


« SACRAMENTO ! On est en train de perdre du terrain ! »


ALICIA, haletante, ajouta :


« Il faut bouger ! Maintenant ! »


SACRAMENTO serra les poings.


« On ne fuit pas. Pas tant que CLOWN respire. »


CLOWN éclata d’un rire monstrueux, résonnant dans toute
la ville.


« Alors viens, héros… viens affronter la joie. »


Les rues ondulaient comme des vagues rouges. Les
immeubles se penchaient, les fenêtres riaient, les
ombres dansaient.


Au centre de ce chaos, CLOWN avançait lentement, le
ballon rouge flottant au-dessus de sa main comme une
lune miniature.


RLYEH déploya ses tentacules démoniaques, qui frappèrent
le sol et repoussèrent les silhouettes rieuses qui
tentaient de les encercler.


ALICIA, la main droite invisible, neutralisait les
clowns transformés avant qu’ils ne puissent approcher.
SACRAMENTO, lui, fonça droit vers CLOWN.


« Ça s’arrête maintenant ! »


CLOWN éclata d’un rire aigu.


« Tu crois encore pouvoir me toucher ? »


SACRAMENTO bondit, sa super‑force concentrée dans son
poing. Il frappa le ballon rouge de toutes ses forces.


Cette fois, il ne se contenta pas de vibrer : il craqua.
Une fissure écarlate apparut sur sa surface.


CLOWN hurla.


Un hurlement qui n’avait rien d’humain.


ALICIA écarquilla les yeux.


« Le ballon… il peut être brisé ! »


RLYEH frappa un clown transformé et ajouta :


« C’est ça son point faible ! Le ballon est son ancre ! »


CLOWN recula, son masque se déformant sous la douleur.


« Non… NON ! Vous n’avez pas le droit de toucher à ma
joie ! »


La fissure s’élargit. Le ballon rouge perdit de sa
lumière, comme si quelque chose s’échappait de lui.
SACRAMENTO se prépara à frapper une seconde fois.
CLOWN leva soudain les deux mains.


Une onde rouge jaillit, plus violente que toutes les
précédentes.


Elle frappa SACRAMENTO de plein fouet.


Le héros fut projeté en arrière, traversant un mur dans
un fracas sourd.


RLYEH et ALICIA furent balayés comme des feuilles.
CLOWN avança, tremblant, son masque fissuré, un liquide
sombre coulant de l’une des fentes — pas du sang, mais
quelque chose d’épais, d’incompréhensible.


« Tu m’as fait mal… » murmura-t-il.


« Personne ne me fait mal. »


Il se tourna vers SACRAMENTO, encore au sol.


« Alors je vais te montrer ce qu’est la vraie joie. »


SACRAMENTO tenta de se relever, mais CLOWN était déjà
sur lui.


Une main glacée se posa sur son torse.


Une décharge mentale explosa dans son esprit.


La lumière du ballon rouge devint aveuglante.


« Alors résiste… si tu le peux. »


Une nouvelle onde écarlate se propagea, plus forte que
les précédentes.


Les habitants transformés accélérèrent.


Les ombres se mirent à rire.


Les murs se rapprochèrent, comme si la ville voulait les
écraser.


RLYEH hurla :


« SACRAMENTO ! On est en train de perdre du terrain ! »


ALICIA, haletante, ajouta :


« Il faut bouger ! Maintenant ! »


SACRAMENTO serra les poings.


« On ne fuit pas. Pas tant que CLOWN respire. »


CLOWN éclata d’un rire monstrueux, résonnant dans toute
la ville.


« Alors viens, héros… viens affronter la joie. »


TRIP 029 : LA PURGE (16)
Les rues ondulaient comme des vagues rouges.

Les immeubles se penchaient, les fenêtres riaient, les
ombres dansaient. Au centre de ce chaos, CLOWN avançait
lentement, le ballon rouge flottant au-dessus de sa main
comme une lune miniature.


RLYEH déploya ses tentacules démoniaques, qui frappèrent
le sol et repoussèrent les silhouettes rieuses qui tentaient de les encercler.

ALICIA, la main droite invisible, neutralisait les clowns transformés avant qu’ils ne puissent approcher.


SACRAMENTO, lui, fonça droit vers CLOWN.


« Ça s’arrête maintenant ! »


CLOWN éclata d’un rire aigu.


« Tu crois encore pouvoir me toucher ? »


SACRAMENTO bondit, sa super force concentrée dans son
poing. Il frappa le ballon rouge de toutes ses forces.


Cette fois, il ne se contenta pas de vibrer : il craqua.
Une fissure écarlate apparut sur sa surface.


CLOWN hurla.


Un hurlement qui n’avait rien d’humain.


ALICIA écarquilla les yeux.


« Le ballon… il peut être brisé ! »


RLYEH frappa un clown transformé et ajouta :


« C’est ça son point faible ! Le ballon est son ancre ! »


CLOWN recula, son masque se déformant sous la douleur.


« Non… NON ! Vous n’avez pas le droit de toucher à ma
joie ! »


La fissure s’élargit.


Le ballon rouge perdit de sa lumière, comme si quelque
chose s’échappait de lui.


SACRAMENTO se prépara à frapper une seconde fois.
CLOWN leva soudain les deux mains.


Une onde rouge jaillit, plus violente que toutes les
précédentes.


Elle frappa SACRAMENTO de plein fouet.


Le héros fut projeté en arrière, traversant un mur dans
un fracas sourd.


RLYEH et ALICIA furent balayés comme des feuilles.


CLOWN avança, tremblant, son masque fissuré, un liquide
sombre coulant de l’une des fentes — pas du sang, mais
quelque chose d’épais, d’incompréhensible.


« Tu m’as fait mal… » murmura-t-il.


« Personne ne me fait mal. »


Il se tourna vers SACRAMENTO, encore au sol.


« Alors je vais te montrer ce qu’est la vraie joie. »


SACRAMENTO tenta de se relever, mais CLOWN était déjà
sur lui.


Une main glacée se posa sur son torse.


Une décharge mentale explosa dans son esprit.


ALICIA hurla :


« SACRAMENTO ! »


RLYEH tenta de bondir, mais un mur vivant se dressa
devant lui, formé d’ombres rieuses.


CLOWN appuya davantage sa main sur SACRAMENTO.


« Tu vas sourire, héros. Tu vas sourire pour moi. »


SACRAMENTO sentit quelque chose entrer dans son esprit.


Il hurla.


Le ballon rouge, fissuré, pulsa une dernière fois.


CLOWN saigna encore, un liquide sombre coulant de son
masque.


« Tu m’as blessé… et maintenant je te prends. »


La scène se fige dans un instant suspendu :


CLOWN blessé mais triomphant,


SACRAMENTO touché, à genoux, RLYEH et ALICIA repoussés, impuissants, la ville entière riant autour d’eux.


L’onde mentale de CLOWN traversa SACRAMENTO comme une
lame invisible. Le héros tomba à genoux, les mains
crispées sur son crâne.


Autour d’eux, la ville continuait de se tordre, les murs
ondulant comme des vagues rouges, les ombres riant à
l’unisson.


CLOWN posa sa main sur la tête de SACRAMENTO.


« Tu es à moi maintenant. Laisse-moi entrer. Laisse-moi
sourire à travers toi. »


RLYEH tenta de bondir, mais la ville elle-même se
referma sur lui : des silhouettes l’agrippèrent, l’empêchant d’avancer.

ALICIA hurla, sa main invisible frappant l’air, mais les
illusions de CLOWN déviaient ses attaques.


SACRAMENTO sentit son esprit se fissurer.
Des images défilaient : des rires, des masques, des
couleurs vives, des souvenirs qui n’étaient pas les
siens.


CLOWN tentait de s’infiltrer, de s’installer, de prendre
racine.


« Tu n’es rien sans moi, » murmura l’égrégore.


« Je suis la joie. Je suis la ville. Je suis tout ce que
tu ne peux pas contrôler. »


Dans son esprit, SACRAMENTO se retrouva face à un espace
infini, rouge, rempli de silhouettes rieuses.


Au centre, CLOWN, immense, déformé, un sourire qui
s’étendait jusqu’à l’horizon.


« Tu ne peux pas me battre ici, » dit CLOWN.


« C’est mon territoire. Mon cirque. Mon esprit. »


SACRAMENTO serra les poings.


« Non. C’est le mien. Tu es entré dans ma tête… et tu vas
y rester. »


Il fonça vers CLOWN, frappant de toutes ses forces.
Chaque coup faisait trembler l’espace mental, fissurant
les illusions, brisant les rires.


CLOWN hurla.


Un hurlement qui fit vibrer la ville entière.


« Tu ne peux pas me tuer ! Je suis un égrégore ! Je suis
une idée ! »


« Alors je t’emporte avec moi. »


Dans le monde réel, le ballon rouge se mit à craquer de
toutes parts.


Des éclats de lumière rouge jaillirent, comme des
étincelles.


CLOWN chancela.


Du liquide sombre coula de son masque, goutte après
goutte.


« Tu… tu m’as blessé… »


SACRAMENTO, toujours à genoux, leva les yeux.
Il concentra toute sa force, toute sa volonté, toute sa
résistance mentale…


Et écrasa le ballon rouge entre ses mains.
Une explosion silencieuse se produisit.

TRIP 030 : LA PURGE (17)


La lumière rouge se dissipa.


Les illusions s’effondrèrent.


La ville cessa de rire.


CLOWN recula, titubant.


Son masque se fissura entièrement.


Son corps se désagrégea comme de la poussière.


« Tu… tu m’as… »


Il n’eut pas le temps de finir.


Il disparut.


Mais SACRAMENTO aussi s’effondra.


Le lien mental qu’il avait créé pour enfermer CLOWN
l’avait consumé.


Son corps tomba au sol, immobile, comme vidé de toute
énergie.


ALICIA accourut, les larmes déjà aux yeux.


« SACRAMENTO ! SACRAMENTO, réponds-moi ! »


RLYEH, libéré des ombres, se précipita à son tour.


Il posa une main tremblante sur l’épaule de son ami.


« Il… il a tout donné. Il a… il a terminé sa mission. »


ALICIA éclata en sanglots, serrant le corps de
SACRAMENTO contre elle.


RLYEH détourna le regard, les yeux brillants.


La ville était silencieuse.


Plus de rires.
Plus d’illusions.
Plus de CLOWN.


La mission de SACRAMENTO était terminée.


HELL ANGELES était redevenue silencieuse.


Juste une ville brisée, respirant encore sous les néons
tremblants.


Au centre d’une rue dévastée, ALICIA était agenouillée,
les mains tremblantes posées sur le torse immobile de
SACRAMENTO.


RLYEH se tenait derrière elle, incapable de parler,
incapable de détourner le regard.


Le corps de SACRAMENTO était encore chaud.


Mais son esprit… avait disparu avec CLOWN.


Le téléphone de SACRAMENTO vibra dans sa poche.
ALICIA, les yeux noyés de larmes, le sortit d’une main
hésitante.


L’écran affichait un nom :


DEADMAN


Elle décrocha, incapable de prononcer un mot.


La voix de DEADMAN, encore ensommeillée, résonna dans le
combiné :


« SACRAMENTO ? Hé, frérot, tu m’entends ?
Je viens de t’envoyer le SMS avec les effets des objets.
T’as reçu ? »


ALICIA ne répondit pas.


Elle ne pouvait pas.


DEADMAN continua, sans comprendre :


« Bon… je te rappelle ce que je t’ai dit. Le Ballon Rouge, c’est l’un des pires. Il peut exploser, contaminer, manipuler… Et surtout… surtout… faut jamais toucher le sang. »


RLYEH ferma les yeux.


Il se souvenait parfaitement de ce moment.


Le Ballon Rouge qui se retourne.


Le visage de CLOWN dessiné dessus.


L’explosion.


Le liquide rouge.


DEADMAN qui hurle : NE TOUCHEZ PAS LE SANG !
Et SACRAMENTO…


qui avait été le premier à protéger les autres.


Le premier à être touché.


ALICIA porta le téléphone à son oreille, la voix brisée.
« DEADMAN… il… il n’est plus là. »


Un silence.
Long.
Lourd.


Puis DEADMAN murmura, d’une voix qu’ils ne lui avaient
jamais entendue :


« Je t’avais dit… que chaque objet avait un effet
destructeur. Le Ballon Rouge… c’est le seul qui peut tuer un
égrégore. Mais il tue aussi… celui qui le détruit. »


ALICIA éclata en sanglots, serrant SACRAMENTO contre
elle.


RLYEH posa une main sur son épaule.


« Notre mission… elle est terminée. On n’a pas pu le
protéger. Il nous a protégés, nous. »


ALICIA laissa le téléphone tomber au sol.


RLYEH, les yeux rouges, murmura :


« Il a sauvé la ville. Il a détruit CLOWN. Il a payé le
prix. »
Le vent souffla doucement, emportant la dernière trace
de lumière rouge dans le ciel.


Et pour la première fois depuis longtemps…
HELL ANGELES ne riait plus.


FIN DE LA PURGE

TRIP 031 : L’ENTERREMENT


Le cimetière de Santa María de la Cabeza baignait dans
une lumière blanche, presque cruelle.


La chaleur espagnole écrasait les épaules, mais personne
ne semblait la sentir.


Les agents de GOOD MONKEY avançaient en silence, formant
un cortège noir autour du cercueil de SACRAMENTO.


DEADMAN marchait au centre, encore pâle, encore fragile.


Ses pas étaient hésitants, comme s’il sortait tout juste
d’un autre monde.


Et c’était presque vrai : il avait quitté l’infirmerie
du QG seulement deux jours plus tôt.


Quand le cercueil fut descendu, ALICIA éclata en
sanglots.


RLYEH, inhabituellement silencieux, resta immobile, les
yeux fixés sur la terre fraîche.


DEADMAN s’approcha.


Il posa sa main sur le bois, lentement, comme s’il
craignait de le briser.


— Je suis désolé, murmura-t-il.


Sa voix était rauque, presque étranglée.


— J’aurais dû être là. J’aurais dû te couvrir. J’aurais
dû…


Il s’interrompit.


Son souffle se bloqua.


Il recula d’un pas, vacillant.


ALICIA le rattrapa.


— Tu n’aurais rien pu faire, dit-elle.
— C’était mon coéquipier, répondit-il.
Il serra les dents.
— Et je n’étais même pas sur le terrain.
RLYEH posa une main sur son épaule.
— Tu étais à l’infirmerie. Tu n’avais pas le droit de
sortir.
— J’aurais dû désobéir.
— Sacramento n’aurait jamais voulu ça.


DEADMAN ferma les yeux.


Il revoyait la scène qu’on lui avait décrite :


le Ballon Rouge, l’illusion totale, l’égrégore CLOWN, la
contamination émotionnelle… et Sacramento, seul, face à l’impossible.


DEADMAN fit un pas vers la tombe.


Il posa sa main sur le bois.


— Je suis désolé, murmura-t-il.
Sa voix tremblait.
— J’aurais dû être là !


Un souffle d’air froid traversa soudain le cimetière.
Un frisson parcourut les agents.


Et alors, sans bruit, SCORSESE MILLER apparut.
Il portait son long manteau noir, parfaitement immobile
malgré le vent.


Ses yeux, d’un gris presque argenté, observaient la
scène avec une tristesse contenue.


— DEADMAN, dit-il doucement.
DEADMAN se retourna.


Il ne sursauta pas.


Personne ne sursautait jamais quand Miller apparaissait.
C’était comme si son existence même imposait le calme.


— Directeur… souffla DEADMAN.


Miller s’approcha du cercueil.


Il posa deux doigts sur le bois, un geste presque
rituel.


— Sacramento était un bon agent, dit-il.


Sa voix était basse, posée, mais chaque mot semblait
résonner dans l’air.


— Il a fait ce que personne d’autre n’aurait pu faire.
ALICIA essuya ses yeux.
— Il est mort seul…
— Non, répondit Miller.
Il regarda DEADMAN.
— Il est mort en sachant que tu vivrais.
DEADMAN baissa la tête.
— Je n’avais pas le droit d’aller à RIP USA.
— Et c’est précisément pour ça qu’il n’a pas appelé, dit
Miller.
Il posa une main sur l’épaule de DEADMAN.
— Il savait que tu aurais désobéi. Et il ne voulait pas
que tu meures avec lui.


Miller recula d’un pas.


Il regarda l’ensemble des agents GOOD MONKEY présents.


— Je suis désolé, dit-il.
Sa voix se fit plus grave.
— Mais la mission est officiellement terminée.
ALICIA se figea.
— Terminée ?
— Oui.
Miller croisa les mains dans son dos.
— L’égrégore CLOWN a été détruit. Le Ballon Rouge est
neutralisé. Sacramento… a payé le prix.
DEADMAN serra les poings.
— Et ce qui a survécu ?
— Ce n’est plus notre affaire, répondit Miller.
RLYEH fronça les sourcils.
— Comment ça, “plus notre affaire” ?
— Parce que ce qui a survécu n’est pas un égrégore.
Miller fixa DEADMAN.
— C’est un écho. Un résidu. Une trace psychique.


Il marqua une pause.


— Et elle est attachée à lui.


Tous les regards se tournèrent vers DEADMAN.
Il sentit un frisson glacé remonter sa colonne
vertébrale.


— À… moi ?
— Oui, dit Miller.
Il s’approcha encore, si près que DEADMAN sentit presque
la température chuter autour de lui.
— Ce que Sacramento a détruit… t’a choisi comme
réceptacle.


ALICIA porta une main à sa bouche.


RLYEH recula d’un pas.


Miller posa une main sur l’épaule de DEADMAN.


— La mission est terminée, répéta-t-il.
— Mais toi…
Il le fixa droit dans les yeux.
— Toi, tu n’en as pas fini.


TRIP 032 : Interlude


L’avion privé se posa en douceur sur la piste blanche
comme du sel.


À travers le hublot, DEADMAN aperçut l’île : un
croissant de sable fin, une mer turquoise presque
irréelle, et au centre, un hôtel moderne aux lignes
épurées, entièrement blanc, comme un mirage posé sur
l’océan.


Le BATTACIO RESORT — Station de Repos N°3.


Un endroit dont on parlait à voix basse dans les
couloirs du QG.


Un lieu où les agents allaient quand ils avaient vu trop
de choses, ou quand ils avaient failli ne pas revenir.
DEADMAN descendit de l’avion.


La chaleur humide l’enveloppa immédiatement.
Il inspira profondément.


L’air sentait la mangue, le sel, et quelque chose
d’autre… une tranquillité presque artificielle.


Une hôtesse en uniforme blanc s’approcha.


— Agent DEADMAN ? Bienvenue. Votre suite est prête. Le
Directeur Miller a insisté pour que vous ayez la vue sur
la mer.


Il hocha la tête sans répondre.


Parler lui coûtait encore.


La chambre était immense.


Un lit king-size, des draps d’un blanc éclatant, une
baie vitrée donnant sur un lagon calme comme un miroir.
Sur la table, un panier de fruits tropicaux et une note
manuscrite.


Il la reconnut immédiatement :


l’écriture précise, élégante, presque trop parfaite.


« Repose-toi bien.
— S. Miller »


DEADMAN posa la note.


Il s’assit sur le lit.


Ses mains tremblaient encore parfois — un effet
secondaire du Ballon Rouge, selon les médecins.
Il ferma les yeux.


Et l’image de Sacramento revint.


Toujours la même.


Toujours ce moment qu’il n’avait pas vécu, mais qu’il
voyait comme s’il y avait été :


le rire déformé de CLOWN,
le sang interdit,
le ballon qui éclate,
et Sacramento qui tombe.
DEADMAN inspira profondément.


Il se leva.


Il ouvrit la baie vitrée.


Le sable était tiède sous ses pieds.


Les vagues venaient mourir doucement, comme si elles
n’osaient pas faire de bruit.


Quelques agents en repos se baignaient plus loin, riant,
buvant des cocktails, essayant d’oublier leurs propres
fantômes.


DEADMAN marcha jusqu’à un rocher plat.


Il s’y assit.


Le soleil descendait lentement, teintant l’eau d’orange
et de rose.


Pour la première fois depuis longtemps, il sentit
quelque chose se relâcher dans sa poitrine.
Il referma la baie vitrée derrière lui.
La chambre était silencieuse.
Trop silencieuse.
Trop silencieuse.
Il s’allongea.
Il tenta de dormir.
Mais chaque fois qu’il fermait les yeux, il voyait
Sacramento tomber.


Et derrière lui… une silhouette floue, un sourire
déformé, un écho du Ballon Rouge.


Il finit par s’endormir malgré tout.


Et dans son rêve, quelqu’un chuchota :


— La prochaine mission t’attend déjà.
Le téléphone de DEADMAN vibre au moment où le soleil se
couche sur l’île.


Une vibration sèche, insistante, presque agressive.
L’écran affiche un nom qu’il n’a pas vu depuis des mois :
Alicia.


Il décroche immédiatement.


La ligne grésille. Un souffle métallique.


Puis une voix, celle d’Alicia


Une version d’elle, mais vidée de tout ce qui la rend
humaine.


« D… Deadman… c’est… moi… »


Le timbre est trop lent, trop régulier, comme si chaque
syllabe était générée par un programme.


Il sent son cœur se serrer. Il reconnaît les mots, mais
pas l’âme derrière.


« Alicia ? Où tu es ? Réponds-moi. »


Un silence.


Puis un bruit de fond, comme un chant lointain, presque
religieux.


Et la voix reprend, plus déformée encore :


« Ils… m’ont… prise… Les Mille… Fleurs… Oda… »


Le nom tombe comme une lame. DEADMAN se redresse, la
douleur de sa blessure oubliée.


« Alicia, écoute-moi. Tu tiens le coup ? Tu peux
parler ? »


La voix se met à répéter, comme un disque rayé :


« Ne… viens… pas… Ne… viens… pas… Ne… viens… pas… »


Puis, soudain, un changement brutal.


La voix devient parfaitement claire, trop claire, comme
si quelqu’un avait pris le contrôle.


« DEADMAN. Si tu veux la revoir vivante, ne contacte pas
GOOD MONKEY. Ne contacte personne. Viens seul. Projet GODZILLA. Tu as sept jours. »


La ligne se coupe.

TRIP 033 : Départ


Alicia était vivante, Mais pas libre.


Un détail qui glace le sang, Juste avant que l’appel ne
coupe, DEADMAN a entendu un son derrière la voix.
Un son qu’il connaît.


Un vrombissement sourd, cyclique, presque organique.
DEADMAN prépare son départ sans l’aide de GOOD MONKEY,
sans badge volé, sans ressources officielles.


Juste lui, sa douleur, et l’appel déformé d’Alicia qui
tourne en boucle dans sa tête.


L’île paradisiaque devient un décor hostile, un piège à
ciel ouvert dont il doit s’extraire seul.


Le BATTACIO RESORT n’est pas une base militaire, mais il
est conçu pour empêcher les clients de « s’égarer ».


Les chemins sont éclairés, les zones techniques fermées,
les plages surveillées par des patrouilles discrètes.


DEADMAN le sait : s’il veut partir, il doit passer par
les zones que personne ne regarde.


Il observe depuis la terrasse de son bungalow :
Les gardes ne surveillent que les accès officiels.


Les drones ne couvrent pas la côte rocheuse à l’est.


Les bateaux touristiques sont amarrés pour la nuit,
mais les kayaks restent accessibles.


Le personnel de nuit est réduit, fatigué, routinier.


Il a besoin d’un point de sortie, il rassemble ce qu’il
peut.


Une chemise noire légère.


Une bouteille d’eau.


Une serviette roulée pour protéger son épaule
blessée.


Un couteau de cuisine volé dans le restaurant du
resort.


Un vieux téléphone jetable qu’il avait caché dans sa
valise « au cas où ».


300 euros en liquide.


C’est dérisoire, Mais suffisant pour atteindre un
aéroport.


Il quitte son bungalow par l’arrière, pieds nus pour ne
pas faire de bruit. Le sable est froid.

Le vent transporte l’odeur de la mer et de la crème solaire.
Il longe les palmiers, se glisse derrière les buissons
décoratifs, évite les zones éclairées.


La côte rocheuse apparaît enfin, sombre, irrégulière, et
très dangereuse.


Il descend lentement, s’accrochant aux pierres, ignorant
la douleur dans son épaule.


Les vagues frappent les rochers, couvrant le bruit de
ses pas.


À mi-chemin, il aperçoit ce qu’il cherchait : un kayak
orange, attaché à un piquet, probablement laissé par un
touriste imprudent.


Il coupe la corde avec le couteau de cuisine.
Le kayak glisse dans l’eau.


Il pagaie lentement d’abord, puis plus vite une fois
hors de vue. La mer est calme, mais chaque mouvement lui
arrache une grimace. Il s’éloigne de l’île, laissant
derrière lui les lumières artificielles du resort.


Après une heure, il atteint la côte principale.


Une plage déserte.
Un parking vide.
Un vieux panneau indiquant la route vers la ville la
plus proche.


Il tire le kayak sur le sable, le retourne pour effacer
les traces, puis marche vers la route.


Un taxi finit par s’arrêter. Le chauffeur, un homme
d’une cinquantaine d’années, le regarde avec méfiance.
« Vous venez d’où, comme ça ? »


DEADMAN répond simplement :


« D’un endroit où je ne pouvais plus rester. Emmenez-moi
à l’aéroport. »


Le chauffeur hausse les épaules et démarre.


À l’aéroport, DEADMAN utilise son vieux téléphone
jetable pour acheter un billet en ligne. Pas de nom
d’emprunt, pas de couverture, juste son identité réelle.


Il sait que c’est risqué, mais il n’a pas le choix.


Le premier vol pour Tokyo décolle dans quatre heures.
Il s’assoit dans un coin de la salle d’embarquement, la
tête contre le mur, le regard vide.


Il pense à Alicia.


Le Japon l’attend.


THOUSAND FLOWERS ODA l’attend.
Le GODZILLA PROJECT l’attend.
Et il n’a plus rien à perdre.


DEADMAN arrive à Tokyo comme on tombe dans un autre
monde : brutal, lumineux, immense.


Son corps est encore meurtri, son épaule bandée, mais
ses cheveux noirs et bouclés retombent sur son front
comme une ombre familière.


Et surtout, il porte ses lunettes de soleil : celles qui
lui permettent de voir ce que les autres ne voient pas,
les traces invisibles, les résidus d’énergie, les empreintes spectrales laissées par les organisations comme THOUSAND FLOWERS ODA.


L’aéroport de Haneda est un océan de néons, de voix, de
panneaux multicolores. absorbant chaque détail.


DEADMAN avance lentement,


Ses lunettes filtrent la lumière, mais révèlent autre
chose : des silhouettes floues, des traces de chaleur,
des résidus d’ondes. Tokyo est saturée de vie… et de
secrets.


Il n’est pas ici pour admirer.
Il est ici pour traquer.


Dès qu’il sort de l’aéroport, il ajuste ces lunettes.


Le monde change. Les couleurs deviennent plus froides.


Les contours vibrent légèrement.


Et surtout, certaines choses apparaissent :
Des marques énergétiques sur les murs, comme des
pétales noirs incrustés dans la pierre.
Des silhouettes humaines qui laissent derrière elles
des traînées lumineuses — certaines normales,
d’autres… anormales.


Des zones où l’air semble onduler, comme si une
radiation invisible y persistait.


Tokyo est un palimpseste.


Et ODA y a laissé des traces.


DEADMAN marche dans les rues de Shinagawa, encore
étourdi par la densité de la ville. Il s’arrête devant
un petit sanctuaire coincé entre deux immeubles
modernes. Un endroit que personne ne regarde.
Ses lunettes captent quelque chose.


Un pétale de cerisier noir, posé sur le sol,
parfaitement intact malgré la pluie.


Il le ramasse.


Le pétale vibre légèrement entre ses doigts, comme
irradié.


Il regarde autour de lui.


Rien.
Personne.


Mais ses lunettes détectent une traînée énergétique qui
part du sanctuaire et s’enfonce dans une ruelle sombre.
Il la suit.


La ruelle est étroite, humide, éclairée par un seul
lampadaire vacillant.


DEADMAN avance, chaque pas résonnant contre les murs. Au
bout, un homme l’attend.


Un vieil homme, parapluie noir, kimono gris.


Il ne bouge pas.
Il ne parle pas.
Il semble l’attendre depuis longtemps.


DEADMAN s’approche.


L’homme lève enfin les yeux.


« Tu portes les lunettes.Alors tu peux voir ce que les autres ignorent. Tu cherches la femme. Tu cherches les Mille Fleurs.»


DEADMAN serre le pétale noir dans sa main.


« Où est Alicia ? »


Le vieil homme incline la tête.


« Pas à Tokyo. Ils l’ont emmenée là où tout a commencé.
Là où le premier pétale est tombé. »


Il tend un petit papier plié.


DEADMAN l’ouvre.


Un seul mot, écrit à l’encre rouge :


HIROSHIMA


Quand il relève la tête, l’homme a disparu.
Comme s’il n’avait jamais été là.


TRIP 034 : THOUSAND FLOWERS ODA (1)


DEADMAN se rend à la gare de Tokyo. Les trains
Shinkansen filent comme des lames d’argent. Il monte
dans l’un d’eux, s’assoit près de la fenêtre. La ville
défile, puis la campagne, puis les montagnes.


Il enlève ses lunettes un instant.


Son reflet dans la vitre lui renvoie un visage fatigué,
marqué, mais déterminé.


Alicia est à Hiroshima.


THOUSAND FLOWERS ODA l’a emmenée là-bas pour une raison
précise.


Et DEADMAN sait que cette ville porte encore les
cicatrices du nucléaire.


Le GODZILLA PROJECT n’est peut-être pas né dans un
laboratoire.


Il est peut-être né dans une ombre vieille de 1945.
Le train accélère.


La chasse continue.


DEADMAN arrive à Hiroshima avec la sensation d’entrer
dans un lieu où chaque pierre, chaque souffle d’air,
porte encore une mémoire brûlante.


Ses cheveux noirs et bouclés sont encore humides de la
pluie fine tombée sur le quai.


Ses lunettes de soleil, ces lentilles qui révèlent
l’invisible, assombrissent le monde… mais l’éclairent
autrement.


La gare est silencieuse, presque trop. Rien à voir avec
Tokyo.


L’air est plus lourd, chargé d’une histoire que même les
touristes respectent sans comprendre. DEADMAN traverse
le hall, son sac léger sur l’épaule blessée, et sort
dans la rue.


Il ajuste ses lunettes.
Le monde se dédouble.


Des traînées d’énergie apparaissent sur les façades.
Des zones de chaleur résiduelle persistent dans l’air,
comme des cicatrices invisibles.


Et surtout… un fil noir, ténu, presque imperceptible,
qui serpente dans la rue principale.


Un fil qui mène vers le centre-ville.


DEADMAN suit le fil jusqu’à un petit restaurant
traditionnel, coincé entre une boutique de souvenirs et
un salon de thé.


Une enseigne rouge, un rideau noren bleu marine, et
l’odeur irrésistible de pâte grillée, de sauce sucrée et
de chou caramélisé.


Il pousse la porte.
Il s’assoit au comptoir.
Le chef le regarde, sourcils froncés.


« Touriste ? »


DEADMAN répond d’une voix basse :


« Juste de passage. Un okonomiyaki Hiroshima-style, s’il
vous plaît. »


Le chef hoche la tête et commence à préparer.
Pendant que la pâte grésille, DEADMAN baisse légèrement
la tête et laisse ses lunettes analyser la pièce.


Le restaurant semble normal… mais il y a des anomalies :
Sur le mur du fond, une empreinte énergétique en
forme de pétale noir.


Sur une chaise vide, une trace de chaleur humaine
récente, trop récente.


Dans l’air, un résidu de radiation faible, comme un
souffle venu d’un autre lieu.


Il prend une bouchée — le mélange de chou, de nouilles,
de sauce sucrée-salée et de bonite fumée lui rappelle
qu’il n’a presque pas mangé depuis deux jours. Mais son
esprit reste ailleurs.


Il se lève, avance vers la chaise vide, et effleure le
dossier du bout des doigts.


Ses lunettes réagissent immédiatement.
Une image résiduelle apparaît, comme un hologramme
fragile :


Une femme en kimono noir.
Un masque blanc.
Une fleur de cerisier tatouée sur la nuque.
Elle parle à quelqu’un au téléphone.
Puis l’image se dissipe.


Le chef s’approche, inquiet.


« Monsieur… tout va bien ? »


DEADMAN retire lentement ses lunettes.


« Vous avez vu une femme ici ? Kimono noir. Masque
blanc. »


Le chef pâlit.


« Elle a demandé la direction du Parc du Mémorial de la
Paix. Elle est partie il y a… vingt minutes. »


DEADMAN laisse quelques billets sur le comptoir.
Il sort du restaurant.


La pluie recommence à tomber.
Il sait que ce n’est pas un hasard.


Il sait que THOUSAND FLOWERS ODA ne choisit jamais un
lieu au hasard.


Et il sait que le GODZILLA PROJECT est lié à l’histoire
nucléaire du Japon.


Ses lunettes captent à nouveau le fil noir.


Il mène droit vers le Dôme de Genbaku.


DEADMAN avance, les cheveux trempés, les lunettes
reflétant les lumières de la ville.


Alicia est quelque part derrière cette piste.


Et Hiroshima n’a pas encore livré ses secrets.


La femme masquée attend DEADMAN dans le Parc du Mémorial
de la Paix comme une ombre plantée dans un lieu qui ne
devrait jamais en accueillir.


La pluie tombe en rideaux fins, presque silencieux, et
Hiroshima semble retenir son souffle.


DEADMAN avance lentement, ses cheveux noirs et bouclés
collés par l’humidité, ses lunettes de soleil reflétant
les lumières blafardes du Dôme de Genbaku.


Le bâtiment éventré se découpe dans la nuit comme un
squelette irradié.


Les arbres bruissent doucement.


Le sol est encore humide, et l’air porte une odeur de
métal et de terre brûlée.


DEADMAN ajuste ses lunettes.


Le monde se déforme légèrement. Des filaments d’énergie
noire serpentent autour du Dôme, comme des racines
invisibles. Et au centre de ces filaments… une
silhouette.


Elle se tient immobile, dos à lui, face au Dôme.


Kimono noir.


Cheveux relevés, un masque blanc sans expression, lisse
comme de la porcelaine.


Quand DEADMAN s’approche, elle ne se retourne pas.
Elle parle d’une voix douce, presque chantée.


« Tu as mis du temps.


Les pétales t’ont guidé jusqu’ici. »


TRIP 035 : THOUSAND FLOWERS ODA (2)


DEADMAN s’arrête à quelques mètres.


La pluie glisse sur ses lunettes, mais il voit
parfaitement les ondes d’énergie qui émanent d’elle, des
pulsations régulières, comme un cœur irradié.


« Où est Alicia ? »


La femme incline légèrement la tête, comme si elle
savourait la question.


« Elle est vivante, Pour l’instant ! Mais elle porte
quelque chose que nous devons réveiller. »
DEADMAN serre les poings.


« Vous jouez avec le feu. »


Elle rit doucement, un rire sans chaleur.


« Le feu nous a créés, Le feu nous a purifiés. Le feu
nous rendra entiers. »


Elle se tourne enfin vers lui.


Le masque blanc reflète les lumières du Dôme.
Aucune émotion.


Aucun visage.


Mais ses lunettes révèlent autre chose :
un second visage, superposé, spectral, comme une
silhouette brûlée dans la rétine du monde.
Un visage féminin, jeune, marqué par des cicatrices de
lumière.


La femme avance d’un pas.


Elle sort un petit objet de sa manche : un pétale de
cerisier noir, parfaitement conservé.


Elle le laisse tomber.


Le pétale ne tombe pas.


Il flotte, suspendu, irradiant une lueur sombre.
« Hiroshima est la première fleur.
Mais ce n’est pas ici que ton voyage s’achève.
Si tu veux revoir Alicia…
Va là où la deuxième fleur a été plantée. »


DEADMAN ne bouge pas.


« Où ? »


Elle lève un doigt vers le ciel, comme pour désigner
quelque chose au-dessus d’eux.


« Sous l’océan. Là où dort le premier rugissement. »
Puis elle disparaît.


Elle s’efface, comme une image brûlée qui se dissout
dans l’air.


Le pétale noir tombe enfin au sol.


La pluie redouble.


DEADMAN ramasse le pétale noir.


Il sent une vibration, faible mais régulière, comme un
battement de cœur.


Alicia est encore en vie.


Et le prochain pas l’emmènera loin, très loin du Japon.
DEADMAN a vu quelque chose que personne ne devrait
jamais voir.


Derrière le masque blanc, derrière le visage spectral de
la femme, ses lunettes ont révélé une entité qui
n’appartient ni au monde des vivants, ni à celui des
morts.


Quand la femme masquée s’est tournée vers lui, son
masque lisse n’a montré aucune émotion.


Mais ses lunettes — ces lentilles capables de dévoiler
l’invisible — ont fracturé la réalité autour d’elle.


Ce qu’il a vu n’était pas un visage humain.


C’était une créature fractale, un motif vivant qui se
répétait à l’infini, comme si son âme était faite de
géométrie impossible.

Cette entité n’est pas un hasard.


Elle est l’âme tutélaire de THOUSAND FLOWERS ODA.


Une légende interne au clan raconte qu’après Hiroshima,
une femme du clan ODA aurait absorbé une partie du
souffle nucléaire.


Son âme aurait muté, fracturée, démultipliée.
Elle serait devenue la première Araignée Fleurie — une
entité capable de tisser des liens entre les vivants,
les morts… et les irradiés.


Les membres du clan les plus dévoués servent de
réceptacles temporaires à cette âme.


La femme masquée en était un.


Ses lunettes ne montrent pas seulement l’invisible.


Elles révèlent les empreintes énergétiques, les
anomalies, les entités fracturées.


Mais cette fois, elles ont capté quelque chose de plus
profond :


Une âme qui n’a jamais trouvé la paix.
Une créature née d’un traumatisme nucléaire.
Un lien direct avec le GODZILLA PROJECT.
L’Araignée Fleurie n’est pas seulement un symbole.


Elle est un prototype spirituel du projet.


Une preuve que le clan ODA manipule depuis longtemps les
forces nées de la radiation.


L’entité n’a pas parlé par hasard.


Elle a montré le chemin vers la deuxième fleur.


Un lieu où une autre âme fractale dort peut-être encore.
Un lieu lié au nucléaire.


Un lieu englouti.


DEADMAN comprend que la prochaine étape ne sera pas
seulement physique.


Il devra affronter les créatures spirituelles que le
clan ODA a réveillées.


DEADMAN quitte Hiroshima avec une certitude froide : la
deuxième fleur l’attend sous l’océan, là où l’Araignée
Fleurie a laissé une trace vibrante dans son esprit.


Le voyage vers l’atoll de Bikini n’est pas seulement un
déplacement géographique : c’est une descente vers un
lieu où l’histoire, la radiation et le sacré se
mélangent.


Avant de quitter la ville, DEADMAN traverse une dernière
fois les rues calmes autour du Parc du Mémorial.


Ses lunettes captent encore des filaments d’énergie,
mais ils s’effacent peu à peu, comme si la présence de
l’Araignée Fleurie avait été un souffle temporaire. Il
sent que la piste se déplace, qu’elle s’enfonce dans les
profondeurs du Pacifique.


Il prend un train pour Osaka, puis un vol discret vers
Guam. Pas de réservation officielle, pas de trace.
Il paie en liquide, change d’apparence en attachant ses
cheveux noirs et bouclés, et garde ses lunettes dans
leur étui, comme une arme qu’il ne doit sortir qu’au bon
moment.


Dans l’avion vers Guam, DEADMAN observe les passagers.
Familles, militaires américains, touristes. Personne ne
le remarque. Pourtant, il sent une présence résiduelle :
un fil ténu, presque imperceptible, qui semble vibrer
dans sa poitrine.


L’Araignée Fleurie a laissé une marque. Une direction.
Il ferme les yeux.
Il voit des fractales.
Des pétales noirs qui se répètent à l’infini.
Des pattes arachnéennes qui plongent dans l’eau.


Et un rugissement sourd, lointain, comme un cœur enfoui
sous des kilomètres d’océan.


TRIP 036 : THOUSAND FLOWERS ODA (3)


Guam n’est qu’une escale, mais une escale cruciale.
DEADMAN descend de l’avion dans une chaleur humide,
presque suffocante.


L’air sent le sel, le kérosène et la végétation
tropicale. Il traverse l’aéroport sans s’arrêter, prend
un taxi vers le port, et observe les quais.


Quelques éléments attirent son attention :
Des bateaux militaires américains, surveillés par des
soldats.


Des pêcheurs locaux qui évitent de regarder certaines
zones de l’horizon.


Un vieux cargo rouillé, abandonné, avec un nom effacé
par le sel.


Et surtout, une petite embarcation privée, discrète,
prête à louer.


Il choisit la dernière option.


Le propriétaire, un homme chamarré au regard fatigué, le
jauge longuement.


« Vous voulez aller où, exactement ? »


DEADMAN répond calmement :


« Vers le nord-ouest. Je paie comptant. Je n’ai pas
besoin de pilote. »


L’homme hésite.
Puis il accepte.
Il sait qu’on ne pose pas de questions à quelqu’un qui
porte ce regard-là.


DEADMAN embarque.


Le moteur ronronne.
La mer s’ouvre devant lui.


Au milieu de l’océan, la nuit tombe comme un rideau
noir. DEADMAN coupe le moteur et laisse le bateau
dériver. Il sort ses lunettes.


Le monde change immédiatement.


L’eau devient un tissu d’énergie sombre.


Des filaments lumineux serpentent sous la surface.


Une pulsation régulière, profonde, résonne dans ses os.


Et au loin, une colonne d’énergie noire s’élève vers le
ciel, invisible à l’œil nu.


C’est là.


L’atoll de Bikini.


Un lieu où l’humanité a déchiré le ciel.


Un lieu où THOUSAND FLOWERS ODA a planté sa deuxième
fleur.


Un lieu où le GODZILLA PROJECT a peut-être commencé.
À mesure qu’il s’approche, DEADMAN ressent une pression
dans sa poitrine. Pas de peur. Pas de douleur. Une
résonance. Comme si la marque laissée par l’Araignée
Fleurie répondait à quelque chose sur l’île.
Les palmiers morts se dressent comme des silhouettes
carbonisées.
Les bâtiments abandonnés semblent figés dans le temps.
La mer autour de l’atoll est d’un bleu trop profond,
presque noir.
Et l’air… l’air vibre.


Il met pied à terre.
Ses lunettes s’illuminent.


Le sol est couvert de pétales noirs fractals, invisibles
à l’œil nu.


Ils forment un chemin.
Un chemin qui mène vers un bunker éventré.
Alicia est passée par là.


Ou quelque chose qui la cherche.


DEADMAN avance, seul, dans un lieu où même les fantômes
ont peur de rester.


Il sait que la deuxième fleur l’attend dans les
profondeurs du bunker.


Et que ce qu’il trouvera là pourrait changer tout ce
qu’il croit savoir sur ODA… et sur le GODZILLA PROJECT.


DEADMAN descend dans le bunker de Bikini comme on
descend dans une tombe qui respire encore.
L’air est lourd, saturé d’humidité et d’un parfum
métallique qui n’a rien de naturel.


Ses cheveux noirs et bouclés collent à son front, et ses
lunettes de soleil.


Ces lentilles qui dévoilent l’invisible transforment
l’obscurité en un labyrinthe d’énergies fracturées.


Le bunker éventré s’ouvre comme une gueule de béton.


Des câbles pendent du plafond, des flaques d’eau
stagnent sur le sol, et les murs portent encore les
cicatrices des essais nucléaires.


Mais ce que DEADMAN voit avec ses lunettes est bien
pire, des pétales noirs fractals incrustés dans les
murs, des filaments d’énergie qui rampent comme des
veines, et au fond du couloir, une présence qui pulse
comme un cœur.


Il avance.
Chaque pas résonne.
Au détour d’un couloir, une silhouette se détache de
l’ombre.


Un homme, kimono noir, posture droite, visage masqué.
Il tient un katana dont la lame reflète une lueur
bleutée, presque radioactive.


Il ne parle pas.


Il incline simplement la tête, comme un salut funéraire.


Puis il attaque.


L’agent ODA se déplace avec une vitesse inhumaine.
Le katana fend l’air, tranche un câble, fait jaillir des
étincelles.


DEADMAN esquive de justesse, sa blessure tirant
violemment.


Il n’a pas d’arme.
Il n’a que son corps meurtri…
et ce qu’il est devenu.
L’agent frappe encore.


La lame frôle son torse, coupe un pan de sa chemise.
DEADMAN recule, puis enlève lentement ses lunettes.
Quand ses yeux nus se révèlent, le monde change.
Les ombres se contractent.


L’air se refroidit.


Une aura sombre se déploie autour de lui, comme un
souffle venu d’un autre plan.


DEADMAN n’est pas un simple survivant.


Il est un mort-vivant conscient, un être revenu d’un
seuil que personne ne traverse indemne.
Son pouvoir se manifeste, son sang ralentit, sa douleur
disparaît, ses mouvements deviennent silencieux, et son
regard attire la chaleur… la vie… la force de ce qui
l’entoure.
L’agent ODA hésite.
Il a compris trop tard.


DEADMAN tend la main.


Son ombre se déforme, s’étire, devient une forme
arachnéenne fractale, héritée de la marque laissée par
l’Araignée Fleurie.


L’agent attaque, mais la lame traverse l’ombre sans la
blesser.


L’ombre, elle, s’enroule autour du bras du sabreur, puis
autour de sa gorge.


Le katana tombe au sol.


TRIP 037 : THOUSAND FLOWERS ODA (4)


L’agent tente de se débattre, mais l’ombre absorbe sa
force, sa chaleur, son énergie.


Son masque se fissure.
Ses yeux s’écarquillent.
DEADMAN murmure :


« Tu n’aurais jamais dû toucher à Alicia. »
L’ombre se resserre.


L’agent s’effondre, vidé, comme une coquille vide.
Le corps de l’agent se dissout lentement en une pluie de
pétales noirs.


Un rituel d’ODA.


Au milieu des pétales, un symbole apparaît sur le sol :
une fleur fractale à trois pétales.
La deuxième fleur.
Et sous le symbole, gravé dans le béton :


“ELLE EST PLUS PROFONDE.”


DEADMAN comprend, Alicia n’est pas dans le bunker.
Elle est sous le bunker. Dans les niveaux inondés.
Là où les essais nucléaires ont réveillé quelque chose.
Il remet ses lunettes.


L’ombre fractale se replie en lui.


Et il avance vers l’escalier qui plonge dans l’eau
noire.


DEADMAN descend dans les niveaux inondés du bunker de
Bikini comme on plonge dans un ventre obscur, un lieu où
l’eau, la radiation et la mémoire se mélangent en une
seule matière vivante.


L’air devient plus froid, plus dense. Ses cheveux noirs
et bouclés gouttent encore de la pluie du dehors, mais
ici, l’humidité est différente : elle colle à la peau
comme une seconde couche, presque organique.


L’escalier plonge dans une eau stagnante, opaque, qui
monte jusqu’aux genoux. DEADMAN inspire profondément.
Ses lunettes de soleil révèlent des filaments d’énergie
qui serpentent sous la surface, comme des veines
lumineuses. Chaque marche grince sous son poids, chaque
goutte résonne comme un écho dans un tombeau.


Il descend encore.
L’eau monte jusqu’à sa taille.
Puis jusqu’à son torse.


Le froid mord sa peau, mais son corps de mort-vivant
encaisse sans frémir. Son cœur bat lentement, presque
trop lentement pour être humain.


Il avance, les mains effleurant les murs couverts de
mousse radioactive.


Dans l’obscurité totale, ses lunettes deviennent son
seul lien avec le monde réel.


Elles montrent des silhouettes fractales qui se
déplacent dans l’eau, comme des échos d’âmes irradiées,
des pétales noirs qui flottent, se dissolvent, puis
réapparaissent, des traces de pas lumineuses, fines,
légères… celles d’Alicia, et au loin, une lueur rouge,
pulsante, comme un cœur battant sous la mer.
Il suit la trace d’Alicia.


Le bunker s’ouvre sur un long couloir entièrement noyé.
DEADMAN prend une inspiration — non pas pour respirer,
mais pour se concentrer — puis plonge. Son corps glisse
dans l’eau glacée, silencieux, presque immobile. Ses
yeux ouverts derrière les lunettes voient ce que
personne ne devrait voir.


Des ombres humaines flottent dans les murs, comme si
l’explosion nucléaire avait imprimé leurs âmes dans le
béton. Elles bougent encore, lentement, comme des
souvenirs vivants.


DEADMAN les traverse.
Elles murmurent.
Elles le reconnaissent.


Dans les profondeurs, la marque laissée par l’Araignée
Fleurie pulse dans sa poitrine. Une chaleur étrange,
presque agréable, se répand dans ses veines. Son ombre
se déforme sous l’eau, prenant une forme arachnéenne,
fractale, qui se déploie autour de lui comme un manteau
vivant.
L’eau se met à vibrer.
Quelque chose l’attend.
Il émerge dans une vaste salle où l’eau atteint ses
épaules. Des machines rouillées émergent comme des
carcasses. Des câbles pendent du plafond, certains
encore chargés d’une énergie faible mais dangereuse.
Au centre, une plateforme circulaire dépasse à peine de

la surface.
Sur cette plateforme, un objet.
Un bracelet.
Le bracelet d’Alicia.


DEADMAN avance, l’eau ondulant autour de lui.
Il tend la main.


Et c’est là que la présence se manifeste.


Derrière lui, l’eau se met à bouillonner.


Une silhouette se dresse lentement, comme si elle était
restée immergée depuis des heures, des jours, des
années.


Un autre agent ODA ?
Non.
Quelque chose de pire.
Une forme humaine, mais fracturée.


Un corps irradié, déformé, dont les membres se
multiplient en motifs géométriques impossibles.
Une créature née du bunker, du nucléaire, de l’Araignée
Fleurie.


Elle ouvre la bouche.


Un rugissement sourd remplit la salle.


DEADMAN serre le bracelet d’Alicia.


Son ombre se déploie autour de lui, prête à frapper.
La créature s’avance, l’eau montant en vagues autour
d’elle. DEADMAN sait qu’il n’a plus le choix : pour
retrouver Alicia, il doit affronter ce gardien spectral,
né du même pouvoir qui coule maintenant dans ses propres
veines.


La créature avance, déformée par l’eau, ses membres
fractals se multipliant comme des reflets impossibles.
Chaque mouvement crée des ondes qui se répercutent sur
les murs du bunker.


DEADMAN serre le bracelet d’Alicia dans sa main gauche,
et son ombre — cette ombre arachnéenne héritée de
l’Araignée Fleurie — se déploie autour de lui.
La créature frappe.


Un bras se divise en trois.
Une mâchoire s’ouvre sur un vide irradié.
Un œil unique, rouge, pulse comme un réacteur.


DEADMAN esquive, l’eau éclaboussant son visage. Sa
blessure tire, mais son corps de mort‑vivant absorbe la
douleur.


Il plonge sous la surface, glisse entre les pattes
fractales, remonte derrière la créature et frappe avec
son ombre.


L’ombre s’étire, se tord, devient une lance noire qui
transperce la créature.


Un hurlement sourd résonne dans l’eau.


La créature se retourne, furieuse, et projette une vague
d’énergie radioactive. DEADMAN lève les bras, son ombre
formant un bouclier fractal. L’impact le repousse contre
un mur, l’eau montant jusqu’à son cou.
Il respire lentement.


TRIP 038 : THOUSAND FLOWERS ODA (5)


La créature se retourne, furieuse, et projette une vague
d’énergie radioactive. DEADMAN lève les bras, son ombre
formant un bouclier fractal. L’impact le repousse contre
un mur, l’eau montant jusqu’à son cou.


Il respire lentement.


Son cœur bat comme un tambour lointain.


La marque de l’Araignée Fleurie pulse dans sa poitrine.
Il laisse l’ombre sortir complètement.


Son ombre se déploie dans toute la salle, couvrant les
murs, le plafond, l’eau.


Elle devient un réseau de pattes noires, un motif
fractal vivant qui répond à sa volonté.


La créature hésite.
Elle reconnaît ce pouvoir.
Elle en a peur.


DEADMAN murmure :


« Tu n’es qu’un gardien. Je ne suis pas venu pour toi. »


L’ombre se referme sur la créature, l’enserre, la
comprime.


Les fractales se brisent.
Les membres se dissolvent.
La lumière rouge s’éteint.


La créature hurle une dernière fois, puis explose en une
pluie de pétales noirs irradiés.


L’eau retombe, calme.
DEADMAN reste immobile, haletant, l’ombre se repliant
lentement en lui.


Mais quelque chose ne va pas.


Les pétales noirs ne disparaissent pas.
Ils se rassemblent.


Ils tournent autour d’un point précis, comme attirés par
un noyau invisible.


L’eau se met à bouillonner.


Une silhouette se forme, d’abord floue, puis nette.

Un homme émerge.
Jeune.
Japonais.
Cheveux rose pâle, lisses, retombant sur son front.
Un smoking militaire noir, parfaitement ajusté, orné de
broderies florales.


Deux katanas croisés dans son dos, dont les fourreaux
portent le symbole des Mille Fleurs ODA.
Il ouvre les yeux.


Des yeux d’un rose incandescent, presque surnaturel.
Il sourit.


Un sourire calme, presque poli.


« Je suis GONISHI, troisième Fleur du clan ODA.


Gardien du passage. Et toi, DEADMAN… tu viens de me
libérer !!! »


Il incline légèrement la tête, comme un aristocrate
saluant un rival.


« Alicia est vivante. Mais tu n’es pas prêt pour ce que
tu vas trouver. Suis‑moi… si tu veux vraiment descendre
plus profond. »


L’eau autour de lui devient rose, irradiée, comme si sa
simple présence modifiait la matière.


DEADMAN serre le bracelet d’Alicia.
Le combat est terminé.


Mais la descente… ne fait que commencer.


La créature fractale vient de se dissoudre en pétales
noirs irradiés, et GONISHI se tient maintenant devant
DEADMAN, debout dans l’eau glacée du bunker, comme si sa
naissance venait d’être orchestrée par le lieu lui‑même.


La tension entre eux est immédiate, presque palpable :
deux êtres marqués par la mort, mais façonnés par des
forces opposées.


L’eau monte jusqu’à la taille de DEADMAN. GONISHI, lui,
semble flotter légèrement, comme si son corps refusait
de s’enfoncer. Son smoking militaire noir est impeccable
malgré la bataille, et ses cheveux rose pâle brillent
sous la lumière rouge des alarmes du bunker.


Il observe DEADMAN avec une curiosité presque amusée.


« Tu as survécu à la Deuxième Fleur. Peu d’hommes peuvent
en dire autant. »


DEADMAN serre le bracelet d’Alicia dans sa main.


« Où est-elle ? »


GONISHI sourit, un sourire fin, presque élégant.


« Vivante. Et plus importante que tu ne le crois. Mais
avant de descendre vers elle, tu dois comprendre ce que
tu affrontes. »


DEADMAN ne répond pas.


GONISHI lève légèrement la main.


L’eau autour d’eux se met à vibrer, et des pétales noirs
fractals émergent de la surface, tournoyant comme un
kaléidoscope vivant.


Sa voix devient plus grave, plus cérémonielle.


« Le clan ODA est né il y a plus de quatre siècles. À
l’époque, nous étions les gardiens de l’ombre du Japon.
Nous protégions l’archipel des menaces extérieures… et
intérieures. »


Les pétales se rassemblent, formant des silhouettes
anciennes : samouraïs, prêtres, ombres.


« Quand la bombe est tombée sur Hiroshima, notre rôle a
changé. Le monde avait créé un nouveau type de menace.
Une menace qui n’était ni humaine, ni divine. Une menace
née du feu nucléaire. »


Les pétales deviennent des fractales lumineuses,
reproduisant l’explosion en miniature.


« Nous avons compris que le Japon ne serait plus jamais
protégé par des lames ou des prières. Il nous fallait
une nouvelle arme. Une nouvelle foi. »


Il pose deux doigts sur son propre cœur.


« Nous avons fusionné l’ancien et le nouveau. Le
spirituel et le scientifique. Le rituel et la radiation.
Ainsi sont nées les Mille Fleurs. »


GONISHI fait apparaître trois pétales noirs devant lui.


« Chaque Fleur est un gardien. Une incarnation d’un
aspect du Japon que nous devons protéger. »


La Première Fleur — Hiroshima
L’âme fractale de l’Araignée Fleurie, née du souffle
nucléaire.
La Deuxième Fleur — Bikini
Le gardien irradié que DEADMAN vient de vaincre,
symbole des expérimentations américaines.
La Troisième Fleur — Les Profondeurs
Là où Alicia est retenue.
Là où le GODZILLA PROJECT a été conçu.


GONISHI ferme la main. Les pétales disparaissent.
DEADMAN avance d’un pas, l’eau ondulant autour de lui.


« Pourquoi Alicia ? »


GONISHI répond sans hésiter.


« Parce qu’elle porte en elle une séquence. Un fragment.
Une clé génétique que même elle ignore. »


Il croise les bras, ses deux katanas cliquetant
doucement.


« Le GODZILLA PROJECT n’est pas une arme. C’est un
héritier. Une créature destinée à protéger le Japon d’un
cataclysme à venir. Mais pour l’éveiller… il nous faut
Alicia. »


DEADMAN serre les dents.


« Vous jouez avec des forces que vous ne comprenez pas. »
GONISHI rit doucement.


« Au contraire. Nous sommes les seuls à les comprendre.
Toi, DEADMAN… tu n’es qu’un intrus.»

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